Chronique de la Franchise

A l’approche des fêtes de fin d’année, de sempiternelles questions se posent souvent dans les couples. Irons-nous dans ta famille ? Dans la mienne ? Le 24 ? Le 25 ? Ce qui se joue dépasse la simple recherche de l’organisation optimale. L’engagement affectif lié aux traditions familiales pose un enjeu tel, que tout conflit reviendrait à devoir mesurer le degré d’attachement ou de capacité de renoncement de l’un et de l’autre. Cela serait vain et malvenu. J’avoue que dans ce genre de cas, il m’est moi-même arrivé de céder, par amour de l’autre, puisque cela était si important pour lui.

Illustration Rery

SunFlower Dance – Rery

Pour éviter le non-dit ou la capitulation par omission lorsque personne ne détient la vérité, surtout pas celle du cœur d’une autre personne, reste la possibilité d’exprimer sans contrainte son ressenti, avec franchise.

Des règles de bonne conduite nous ont fait considérer qu’un certain type de renoncement et de silence valait mieux que l’expression d’un sentiment contradictoire : c’est le cas à chaque fois qu’un plat s’échange entre les convives avec cette dernière tartine de foie gras que « bien sûr, tu peux prendre ». Cela est poli, attentif du plaisir de l’autre. La frustration est vite passée, mais elle a existé, sous forme de compétition (« pourquoi lui plutôt que moi »), ou encore sous forme d’auto-réassurance (« cela n’aurait pas été raisonnable »). Le gourmand n’est pas conscient du geste qui lui a été fait, et savoure son foie gras, en savourant une victoire ne sachant pas qu’il a reçu un cadeau.

Il ne s’agit pas alors de chercher une vérité qui n’existe pas (aucune règle préétablie ne saurait désigner celui qui doit bénéficier du privilège), mais d’exprimer son point de vue, c’est-à-dire, un sentiment personnel. L’hôte du plateau de tartines, en formulant ces mots : « je vois que tu en as tellement envie que cela me fait plaisir de te laisser le dernier, même si j’y renonce », aurait eu l’occasion de manifester son attention à l’autre, d’offrir un geste. Dans le couple, il ne s’agit pas non plus de gagner ou de perdre sur celui qui arrivera à passer le déjeuner du 25 dans sa famille, mais d’aider l’autre à comprendre le sentiment que cette réalisation lui procurerait. Le renoncement exprimé avec la franche direction de la sincérité ne prend alors plus le risque de n’être qu’une frustration ou un reproche caché, il devient un signe de bienveillance, un cadeau fait à l’autre.

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