Chronique du Moment présent

Les impératifs de réussite de notre vie professionnelle et de notre vie privée semblent être parfois opposés. Il faudrait être actif, voire proactif dans l’un, et sans activité dans l’autre, avec ce plaisir de dire « j’ai rien fait, je me suis reposé ».Au travail, l’image d’une suractivité est encore souvent valorisée, bien que nous nous en cachions. Pour ma part, les rares fois où je pars du bureau avant 19h, j’avoue espérer ne croiser personne dans les couloirs, de peur de passer pour une personne désoeuvrée et donc, dont la tâche n’aurait que peu d’importance. Je clame pourtant faire la distinction entre la tâche à réaliser et l’image que je renvoie, mais cela s’est ancré, un peu malgré moi. Le moment où je pars tôt, alors qu’il devrait me soulager, m’empèse ainsi plutôt de culpabilité. Je me projette alors dans ce que j’aurai à faire demain pour « rattraper » ce temps que je m’octroie, au lieu de profiter de ma relâche. Il en va de même dans le quotidien. Lorsque je suis en vacances à deux jours de leur fin, j’ai le besoin irrépressible de dire « oh non, plus que deux jours ». Même syndrome le dimanche soir : la plupart d’entre nous se prépare déjà à supporter le lundi, au lieu de vivre pleinement, neutralement, ces heures qui séparent d’une prochaine nuit.

Illustration Rery

Avoir la tête dans l’ici-et-maintenant

A force de faire le grand écart entre une vie hyperactive et une vie indolente, pourquoi ne pas les réconcilier dans une même temporalité apaisante qui leur manque parfois : celle du moment présent ?

Lorsque nous espérons amoindrir l’inconfort d’un lendemain redouté en l’anticipant, notamment le dimanche soir, ce que nous faisons à ce moment-là, est de nous préparer à vivre ce qui peut être vécu comme une épreuve pour nous. Peut-être nous trompons nous d’objectif à ce moment-là, car nous préparer au lendemain par exemple, n’empêchera pas demain d’arriver. En nous préparant au moment désagréable seul, à l’inverse du sportif qui prépare son corps dans un but bien défini, nous brassons juste ce point qui nous dérange et que nous ne pouvons changer : demain, ce sera lundi. Ressasser sa peur ou son regret nous enferme alors dans notre insatisfaction, qui nous écarte d’autant plus de notre capacité à vivre l’instant, ce seul moment où notre plaisir peut-être non pas imaginé, mais ressenti en émotions.

L’hyperactivité de nos vies professionnelles a des biais bien similaires au regard de ce contrôle que nous voulons avoir du lendemain, plutôt qu’à nous concentrer sur l’ici et maintenant. Je ne cesse de mettre en avant ma réactivité (je réagis très vite, réponds très vite à une sollicitation), ou ma proactivité (j’anticipe ce que nous pourrions pour avancer plus vite). Ce que j’oublie dans ces moments de « réaction-action », sont le temps de la prise de recul, de la réflexion, de ce temps qui va me permettre de me forger un avis, une idée, en omettant complètement de ressentir quoi que ce soit. La sollicitation à laquelle je réagis m’a-t-elle généré un stress, une excitation, un plaisir, une stimulation ? C’est allé trop vite, aussi vite qu’un « like » cliqué sur une photo facebook : c’est une réaction vide de sens, vide d’émotions et donc d’implication personnelle. Et c’est le quotidien que j’auto-entretiens !

En prenant une minute de recul sur ce sur quoi nous voulons réagir, aussi sûrement que de tourner sa langue 7 fois dans sa bouche pour ne pas risquer de dire des bêtises, nous nous reconnectons en réalité à nos émotions, à l’instant de la concordance entre le moment présent et notre réalité intime, non plus au titre d’une réaction contrôlante, mais de l’action et de la pensée juste de nos émotions apaisées car reconnues et incarnées.

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Une réflexion sur “Chronique du Moment présent

  1. Hello Nathie !

    Enfin un peu de temps pour te lire ! J’ai bien aimé cette chronique du moment présent.

    J’ajouterai que parfois ce n’est pas simplement les contraintes extérieures (vie prof, …) qui nous empêchent de vivre le moment présent … notre goût pour le passé ou bien l’envie de se projeter dans le futur (vivement ce we, vivement les vacances …) peuvent en être aussi responsables.

    Mais le présent existe-t-il ? Qu’est ce que le présent ? Le premier mot de cette phrase est déjà dans le passé. Alors que le prochain est encore dans le futur … non il est déjà dans le passé. Parfois, il m’arrive de douter que le présent existe vraiment … tout ne serait-il pas que passé ou futur ?

    Passe un bel été …

    René-Pierre GUGLIOTTA

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