Chronique du silence

Il arrive que l’émotion soit parfois si forte que les mots que nous utilisons pour décrire le désarroi ne disent que notre incapacité à les trouver. « Je ne trouve pas les mots », « il n’y a pas de mots ». J’ai souvent tendance à me dire dans ces moments-là que les mots existent mais que nous avons un déficit de vocabulaire, comme si la capacité de formulation, fonction très cérébrale, pouvait et devait naturellement s’accommoder de l’émotion pour la décrire et la compléter. Au moment où Paris s’est réveillé avec la gueule de bois deux fois, d’avoir trop dessiné, trop fait la fête et trop bu, je n’ai moi-même pas pu. Plus pu écrire, décrire la douleur et faire semblant de trouver du sens. Trop touchée pour trouver des mots apaisants qui auraient été les mêmes que ceux qui auraient pu m’apaiser moi-même. Je me suis souvenue ensuite de cette phrase du poète Salvatore Rosa « aut tace aut loquere meliora silentio » (« Tais-toi, à moins que ce tu as à dire vaille mieux que le silence »).

Est-ce que ce que j’ai à dire vaut mieux que le silence ? En vérité non. Mais si nous avons le droit de nous parler avec les mots de notre manque de mots, peut-être avons-nous le droit également, de parler du silence avec les mots. Le décrire. Comme ce trait d’union entre le cérébral et l’émotion. Comme le lien entre un avant et un après. Comme un temps en soi de recueillement et de recul. Comme une confirmation de cohérence intime et physique, que nos agitations ne nous permettent plus de trouver.

Je n’ai pas de grands principes à donner sur ce qu’il faudrait penser ou faire pour gérer nos peurs et nos douleurs, ni sur le meilleur moyen d’adresser ce problème international du terrorisme extrémiste. Je n’ai que le silence.

Il retient ses pleurs, sa colère et ses espoirs. Il affirme sa cohérence parce que seul le silence peut dire ce qu’il est par ce qu’il fait. Le silence est calme, connecté à l’intime et à l’attention au monde, à ce qui se dit et ce qui s’écoute. Il ne sur-réagit pas et ne s’agite pas. Il intègre un état de transition où chacun peut puiser sa force dans sa concordance. Parce qu’au fond, c’est peut-être de cette intégrité que nous aurons tous besoin.

Paysage de silence

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Parce que les mots manquent

Quand le sens manque, les sens nous rappellent à la vie. Une manière de penser avec son corps, sa voix, la beauté, les autres.

C’est la naissance de mon premier album co-réalisé avec mon amie Amandine, « le matin d’après », qui rappelle qu’il y a toujours un nouveau jour à célébrer.

Le premier titre en écoute sur Youtube ici :

https://www.youtube.com/watch?v=42xHDww_RYE

© photographie & conception graphique - Caroline Cutaia

© photographie & conception graphique – Caroline Cutaia

En attendant de retrouver du sens, aimer la paix…

En période troublée, quel sera le prochain mot qui pourra sonner juste et donner du sens au travers d’une chronique?

En attendant de le trouver, se rappeler que la paix est avant tout une question d’unité et de fraternité.

Ce texte rédigé par un groupe de prix Nobel de la paix, mis en œuvre par l’Unesco et déjà signé par plus de 75 000 000 de personnes à travers le monde, amorce le pas de cette reconnexion au sens.

« Je prends l’engagement dans ma vie quotidienne, ma famille, mon travail, ma communauté, mon pays et ma région de :

    •  respecter la vie et la dignité de chaque être humain sans discrimination ni préjugé ;
    •  pratiquer la non-violence active, en rejetant la violence sous toutes ses formes: physique, sexuelle, psychologique, économique et sociale, en particulier envers les plus démunis et les plus vulnérables tels les enfants et les adolescents ;
    •  partager mon temps et mes ressources matérielles en cultivant la générosité, afin de mettre fin à l’exclusion, à l’injustice et à l’oppression politique et économique ;
    •  défendre la liberté d’expression et la diversité culturelle en privilégiant toujours l’écoute et le dialogue sans céder au fanatisme, à la médisance et au rejet d’autrui ;
    •  promouvoir une consommation responsable et un mode de développement qui tiennent compte de l’importance de toutes les formes de vie et préservent l’équilibre des ressources naturelles de la planète ;
    •  contribuer au développement de ma communauté, avec la pleine participation des femmes et dans le respect des principes démocratiques, afin de créer, ensemble, de nouvelles formes de solidarité. »
Protectrices de la Paix, par Kouka

Protectrices de la Paix, par Kouka

Chronique de l’éternité par Altar

Première contribution aux Chroniques du sens, Altar nous régale de l’instant retrouvé dans l’éternité, et de l’éternité dans l’instant…

Où chercher l’éternité? Aux abords de la mort ou aux confins du monde? Sans doute avons-nous plus de chance de la trouver dans une certaine expérience du monde lavée de tout jugement, de toute projection mentale, de toute interprétation. Une expérience de la pureté qui nous serait donnée comme une grâce.

Au matin du 17 avril 1524, Jean de Verrazane, navigateur français penché à l’avant de sa caraque à trois mâts, est le premier Européen à voir le soleil se lever sur cette baie. En son sein, entourée de deux larges cours d’eau qui viennent s’unir avant de mourir dans l’Atlantique nord, s’avance une immense langue de verdure. Elle est recouverte de chênes et d’ormes centenaires. Des envolées d’ibis et de hérons font scintiller le ciel. Des castors glissent dans l’eau, sous le regard nonchalant des ours noirs. La nature sauvage s’étale à perte de vue, ponctuée cependant de quelques discrètes huttes, et d’une piste unique qui la traverse dans sa longueur, seuls indices d’une présence humaine.

Ces huttes sont celles des Lenape, cette piste est la future Broadway, et cette île majestueuse, c’est Manhattan. Qu’a ressenti Verrazane? Difficile à dire : les récits de voyage de l’époque sont avares de sentiments, ce sont des comptes-rendus de mission souvent froids et pragmatiques, destinés à prouver aux couronnes européennes que l’or n’est pas loin et le retour sur investissement assuré. Mais il nous est permis d’imaginer que le Lyonnais d’origine florentine a pu se sentir au seuil d’un sanctuaire immémorial dans lequel, nonobstant sa mission, il a pénétré avec un certain recueillement. Qu’il a pris conscience du caractère superflu, contingent de sa présence au bord d’un continent majestueux, un monde à part entière qui ne l’attendait pas. Avant d’entrer dans le Temps, au point de devenir un des symboles de la modernité, New-York était elle aussi dans cette forme d’éternité, depuis la nuit des temps.

Bien sûr, on objectera avec raison que cette façon de voir les choses est un brin fantasmée et condescendante, qu’elle rappelle l’approche d’un Rousseau sur le “bon sauvage”, en harmonie avec la Nature et vivant dans un âge d’or que l’arrivée des Occidentaux aurait annihilé en même temps qu’il faisait basculer ses autochtones dans l’Histoire avec son lots de souffrances. Or je ne cherche pas la trace de l’éternité dans l’ethnologie mais dans l’expérience individuelle. Quelle est-elle, d’ailleurs, cette expérience? Spinoza le dit : “nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels”. Nous pouvons saisir directement, sans la médiation d’un raisonnement, la nature du monde et de notre essence humaine qui sont éternels. Ce n’est pas là un fantasme d’immortalité, qui serait bien vite démenti par la réalité. Ce n’est pas un instant indéfiniment continué, celui du mythe du Juif Errant, maudit et condamné à ne jamais trouver la paix parce que le terme de son existence se dérobe sans cesse. C’est bien plutôt l’instant en lui-même dans sa perfection, hors du temps humain, sans passé ni futur, et qui pourtant s’offre à nous pour autant que nous sachions nous départir de notre fardeau d’angoisses et de regrets.

Il nous est sans doute loisible à tous d’en faire l’expérience.

Un samedi de septembre en Provence. La saison est parfaite. Juillet et août, eux, sont accablants, la chaleur écrase, la lumière est dure, implacable. C’est le temps des hibernations à l’envers. On trouve refuge dans les intérieurs clos où règnent l’ombre et la fraîcheur, que viennent à peine déranger, au sol, les zébrures des persiennes. Viennent septembre et octobre, et l’extérieur est enfin rendu aux Méridionaux. Les volets se rouvrent, les rues se repeuplent. La lumière qui frappait droit comme un marteau se fait plus oblique, caressante. Elle gagne en subtilité, rendant au paysage les infinies variations de couleur qui le font chatoyer. C’est Cézanne enfin ressuscité. Et dans cette délicatesse, dans cette pente douce qui mène imperceptiblement vers les premiers frissonnements de l’automne, dans ces quelques semaines où tout semble tenir en équilibre, je crois déceler quelque chose de l’éternité. Comme un instant qui se suffit à lui-même.

Chronique de l'éternité par Altar pour les Chroniques du sens

Chronique de l’éternité par Altar pour les Chroniques du sens

Il y a dans cet entre-deux des saisons, dans cette suspension, quelque chose de l’ordre de la grâce. Le vert cru des pinèdes, des a-plats de garrigues. L’ocre des falaises. L’eau bleue, virginale de la Méditerranée, cette eau gréco-romaine qui clapote aux marches des cimetières marins. Le firmament d’un azur obstiné. « La mer allée avec le Soleil », selon le mot de Rimbaud. Tout cela existe à travers mes yeux et pourtant se passe très bien de moi. La beauté du monde me renvoie à ma propre contingence. Rendu à cette modestie tranquille, le moi s’effiloche alors comme un nuage au vent, laissant enfin passer la lumière. L’éternité m’est offerte.

Chronique de l’Engagement

Depuis quelque temps à Paris, mes joggings du dimanche matin sur le champ de Mars sont perturbés par des points de départ de manifestations régulières. Ils sont nombreux à porter des drapeaux et à manifester pour le maintien d’un certain état de fait. Je rejette le thème de leurs manifestations, et ressens une colère instinctive sur ce point de désaccord. Cette colère ne me fait pas du bien, sinon elle n’aurait pas eu besoin de s’expurger dans des mots agressifs que je pense sans les dire. Devraient-ils se déverser pour que mon désaccord et donc que mon engagement s’exprime ? L’alternative que j’ai trouvée pour garder la tête froide, et les idées claires, tout en affirmant mes croyances, est de prendre note du désaccord d’abord, et de poursuivre ma route.

Je ne parle pas ici de passer mon chemin, en ignorant ce qui me dérange, mais bien de confirmer la poursuite de ma propre conviction, par un engagement personnel dans ma propre vie, de ce que je veux changer. Dans le désaccord, je dois accepter la situation telle qu’elle est qui n’est pas de mon ressort : des personnes manifestent. Il y a des débats de société. Il y a des personnes pour et des gens contre. Que des choses très humaines du fait du vivre ensemble en société. A cela, je ne peux rien changer. Je ne me bats pas contre cela. Faux débat. C’est ce que j’appelle une dépense d’énergie pour rien.

Illustration de Rery

par Rery

Si j’estime que les choses doivent changer, c’est là que j’ai le choix de m’engager sur ce qui peut dépendre de moi : parler de ma croyance en un même droit pour tous de se protéger mutuellement par le contrat civil du mariage sur la seule base de l’amour et non de l’orientation sexuelle par exemple. Je me dois dans une chronique de l’engagement de citer mon exemple personnel. Je choisis de le dire, sans colère, dans l’affirmation d’une croyance, sans m’insurger contre d’autres, car pester, brasser des désaccords, ne constitue pas en soi un engagement contre un état de fait qui me serait désagréable ou qui me semblerait injuste. Cela ne génère que de la colère, de l’adversité, là où l’affirmation provoque une possibilité d’engagement intime et personnel, qui mène à l’action qui en plus d’être possible, est juste pour nous.

Ma belle-mère qui s’est insurgée contre l’idée de l’acceptation et à qui je dédie cette chronique de l’engagement, a raison d’exiger la distinction entre « les tracas du quotidien et les convulsions qui ébranlent les fondements de notre monde ». Je crois que c’est bien dans ces tracas du quotidien, que nous pouvons nous entrainer à distinguer ce qui ne dépend pas de nous, de ce qui peut se moduler avec notre volonté et notre action. Dans ces petites choses de notre quotidien, naissent les convictions qui nous appellent à écouter ce que nous voulons soutenir, ces points d’accords avec nous-mêmes qui portent non plus nos désaccords vers la révolte, mais vers l’affirmation de nos intimes concordances à vivre.

 

Retrouvez les 32 chroniques du sens dans le livre, disponible à la vente ici

Le mot du directeur de collection sur les Chroniques du sens

Un livre c’est en soi une histoire.

Henri Kaufman, directeur de collection des Editions Kawa raconte la naissance du livre des Chroniques du sens, un livre à se procurer sur Amazon ou le site de l’éditeur, ou dans toutes les librairies.

« Ces Chroniques du Sens sont le fruit d’une rencontre fortuite avec Nathie, lors du vernissage d’expo d’un ami commun, le Street artist Kouka ; c’est là que je l’ai croisée. De fil en aiguille, notre discussion s’arrêta sur son blog. La description qu’elle m’en fit attisa ma curiosité et le soir même je découvrais ses Chroniques du Sens ; j’y trouvais une sensibilité à fleur de peau mise au service de réflexions sur le sens de la vie, classées par mots, ou plutôt par états d’âme intériorisés qui ne demandaient qu’a prendre l’air pour être lus – et faire du bien – au plus grand nombre. Ces chroniques m’ont fait, et vous feront j’espère, l’effet d’une bruine rafraichissante en plein été torride. Quand j’ai proposé à Nathie d’éditer ses chroniques, elle a failli défaillir ; jamais elle n’aurait imaginé ou rêvé une telle proposition… Passé le premier émoi, elle eut l’idée de les accompagner des illustrations de son amie Rery, des illustrations qui sont le contre-point harmonieux des textes en leur faisant sobrement écho. Ces illustrations, nous les retrouverons peut-être bientôt en galerie. L’idée initiale était aussi que Nathie compose une musique d’accompagnement de la lecture (pour faire de ces chroniques du sens une lecture poly sensorielle) mais ce projet complexe à Nathie intérieurréaliser est différé pour le moment.

Je vous conseille de lire ces chroniques d’un trait, puis de les picorer en laissant le livre à portée de main sur votre table de chevet. Vous pourrez ainsi y puiser quelques conseils de vie au moment où vous en aurez besoin, quand il vous faudra revenir dans le bon sens, celui des cinq sens et de l’émotion généreuse. Le sens de la rencontre avec vous-même, le sens qui vous évitera les faux pas avec votre amoureux(e), votre patron, vos amis ou vos collègues. Merci Nathie et Rery.

Merci d’avoir entr’ouvert une porte éditoriale aux Ed. Kawa. Il y a vraiment des moments où le travail d’éditeur est sublime. »

Henri Kaufman

http://henrikaufman.typepad.com/eclectihklog/2014/07/les-chroniques-du-sens.html

Le livre des Chroniques du sens est disponible

Les Chroniques du sens vous invitent à découvrir, au travers de 32 espaces sémantiques, et autant d’illustrations, de véritables odes à la vie. L’écriture de ces instants de réflexion, qui prennent leur source au coeur d’une vie contemporaine effrénée, remet au goût du jour une sagesse presque antique, avec la subtilité d’une écriture musicale, délicate et d’une incroyable modernité.
Par ce recueil, faites des sens et du sens votre objectif quotidien.

Pour se le procurer c’est ici

Chroniques du sens aux éd. Kawa

Née en 1980, d’un père bouddhiste thaïlandais et d’une mère provençale, Nathie Nakarat est une touche à tout. Directrice des activités digitales dans un grand groupe, elle ne cesse de rechercher un sens au quotidien qu’elle aime enrichir d’art et de musique. Les mots sont certainement sa meilleure arme.
Les illustrations de Rery, artiste franco-canadienne d’origine taïwanaise, complice de toujours, renforcent encore les chroniques de traits d’une sensibilité multiculturelle.

Chroniques du sens aux éd. Kawa