En attendant de retrouver du sens, aimer la paix…

En période troublée, quel sera le prochain mot qui pourra sonner juste et donner du sens au travers d’une chronique?

En attendant de le trouver, se rappeler que la paix est avant tout une question d’unité et de fraternité.

Ce texte rédigé par un groupe de prix Nobel de la paix, mis en œuvre par l’Unesco et déjà signé par plus de 75 000 000 de personnes à travers le monde, amorce le pas de cette reconnexion au sens.

« Je prends l’engagement dans ma vie quotidienne, ma famille, mon travail, ma communauté, mon pays et ma région de :

    •  respecter la vie et la dignité de chaque être humain sans discrimination ni préjugé ;
    •  pratiquer la non-violence active, en rejetant la violence sous toutes ses formes: physique, sexuelle, psychologique, économique et sociale, en particulier envers les plus démunis et les plus vulnérables tels les enfants et les adolescents ;
    •  partager mon temps et mes ressources matérielles en cultivant la générosité, afin de mettre fin à l’exclusion, à l’injustice et à l’oppression politique et économique ;
    •  défendre la liberté d’expression et la diversité culturelle en privilégiant toujours l’écoute et le dialogue sans céder au fanatisme, à la médisance et au rejet d’autrui ;
    •  promouvoir une consommation responsable et un mode de développement qui tiennent compte de l’importance de toutes les formes de vie et préservent l’équilibre des ressources naturelles de la planète ;
    •  contribuer au développement de ma communauté, avec la pleine participation des femmes et dans le respect des principes démocratiques, afin de créer, ensemble, de nouvelles formes de solidarité. »
Protectrices de la Paix, par Kouka

Protectrices de la Paix, par Kouka

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Chronique de l’éternité par Altar

Première contribution aux Chroniques du sens, Altar nous régale de l’instant retrouvé dans l’éternité, et de l’éternité dans l’instant…

Où chercher l’éternité? Aux abords de la mort ou aux confins du monde? Sans doute avons-nous plus de chance de la trouver dans une certaine expérience du monde lavée de tout jugement, de toute projection mentale, de toute interprétation. Une expérience de la pureté qui nous serait donnée comme une grâce.

Au matin du 17 avril 1524, Jean de Verrazane, navigateur français penché à l’avant de sa caraque à trois mâts, est le premier Européen à voir le soleil se lever sur cette baie. En son sein, entourée de deux larges cours d’eau qui viennent s’unir avant de mourir dans l’Atlantique nord, s’avance une immense langue de verdure. Elle est recouverte de chênes et d’ormes centenaires. Des envolées d’ibis et de hérons font scintiller le ciel. Des castors glissent dans l’eau, sous le regard nonchalant des ours noirs. La nature sauvage s’étale à perte de vue, ponctuée cependant de quelques discrètes huttes, et d’une piste unique qui la traverse dans sa longueur, seuls indices d’une présence humaine.

Ces huttes sont celles des Lenape, cette piste est la future Broadway, et cette île majestueuse, c’est Manhattan. Qu’a ressenti Verrazane? Difficile à dire : les récits de voyage de l’époque sont avares de sentiments, ce sont des comptes-rendus de mission souvent froids et pragmatiques, destinés à prouver aux couronnes européennes que l’or n’est pas loin et le retour sur investissement assuré. Mais il nous est permis d’imaginer que le Lyonnais d’origine florentine a pu se sentir au seuil d’un sanctuaire immémorial dans lequel, nonobstant sa mission, il a pénétré avec un certain recueillement. Qu’il a pris conscience du caractère superflu, contingent de sa présence au bord d’un continent majestueux, un monde à part entière qui ne l’attendait pas. Avant d’entrer dans le Temps, au point de devenir un des symboles de la modernité, New-York était elle aussi dans cette forme d’éternité, depuis la nuit des temps.

Bien sûr, on objectera avec raison que cette façon de voir les choses est un brin fantasmée et condescendante, qu’elle rappelle l’approche d’un Rousseau sur le “bon sauvage”, en harmonie avec la Nature et vivant dans un âge d’or que l’arrivée des Occidentaux aurait annihilé en même temps qu’il faisait basculer ses autochtones dans l’Histoire avec son lots de souffrances. Or je ne cherche pas la trace de l’éternité dans l’ethnologie mais dans l’expérience individuelle. Quelle est-elle, d’ailleurs, cette expérience? Spinoza le dit : “nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels”. Nous pouvons saisir directement, sans la médiation d’un raisonnement, la nature du monde et de notre essence humaine qui sont éternels. Ce n’est pas là un fantasme d’immortalité, qui serait bien vite démenti par la réalité. Ce n’est pas un instant indéfiniment continué, celui du mythe du Juif Errant, maudit et condamné à ne jamais trouver la paix parce que le terme de son existence se dérobe sans cesse. C’est bien plutôt l’instant en lui-même dans sa perfection, hors du temps humain, sans passé ni futur, et qui pourtant s’offre à nous pour autant que nous sachions nous départir de notre fardeau d’angoisses et de regrets.

Il nous est sans doute loisible à tous d’en faire l’expérience.

Un samedi de septembre en Provence. La saison est parfaite. Juillet et août, eux, sont accablants, la chaleur écrase, la lumière est dure, implacable. C’est le temps des hibernations à l’envers. On trouve refuge dans les intérieurs clos où règnent l’ombre et la fraîcheur, que viennent à peine déranger, au sol, les zébrures des persiennes. Viennent septembre et octobre, et l’extérieur est enfin rendu aux Méridionaux. Les volets se rouvrent, les rues se repeuplent. La lumière qui frappait droit comme un marteau se fait plus oblique, caressante. Elle gagne en subtilité, rendant au paysage les infinies variations de couleur qui le font chatoyer. C’est Cézanne enfin ressuscité. Et dans cette délicatesse, dans cette pente douce qui mène imperceptiblement vers les premiers frissonnements de l’automne, dans ces quelques semaines où tout semble tenir en équilibre, je crois déceler quelque chose de l’éternité. Comme un instant qui se suffit à lui-même.

Chronique de l'éternité par Altar pour les Chroniques du sens

Chronique de l’éternité par Altar pour les Chroniques du sens

Il y a dans cet entre-deux des saisons, dans cette suspension, quelque chose de l’ordre de la grâce. Le vert cru des pinèdes, des a-plats de garrigues. L’ocre des falaises. L’eau bleue, virginale de la Méditerranée, cette eau gréco-romaine qui clapote aux marches des cimetières marins. Le firmament d’un azur obstiné. « La mer allée avec le Soleil », selon le mot de Rimbaud. Tout cela existe à travers mes yeux et pourtant se passe très bien de moi. La beauté du monde me renvoie à ma propre contingence. Rendu à cette modestie tranquille, le moi s’effiloche alors comme un nuage au vent, laissant enfin passer la lumière. L’éternité m’est offerte.

Chronique de l’Engagement

Depuis quelque temps à Paris, mes joggings du dimanche matin sur le champ de Mars sont perturbés par des points de départ de manifestations régulières. Ils sont nombreux à porter des drapeaux et à manifester pour le maintien d’un certain état de fait. Je rejette le thème de leurs manifestations, et ressens une colère instinctive sur ce point de désaccord. Cette colère ne me fait pas du bien, sinon elle n’aurait pas eu besoin de s’expurger dans des mots agressifs que je pense sans les dire. Devraient-ils se déverser pour que mon désaccord et donc que mon engagement s’exprime ? L’alternative que j’ai trouvée pour garder la tête froide, et les idées claires, tout en affirmant mes croyances, est de prendre note du désaccord d’abord, et de poursuivre ma route.

Je ne parle pas ici de passer mon chemin, en ignorant ce qui me dérange, mais bien de confirmer la poursuite de ma propre conviction, par un engagement personnel dans ma propre vie, de ce que je veux changer. Dans le désaccord, je dois accepter la situation telle qu’elle est qui n’est pas de mon ressort : des personnes manifestent. Il y a des débats de société. Il y a des personnes pour et des gens contre. Que des choses très humaines du fait du vivre ensemble en société. A cela, je ne peux rien changer. Je ne me bats pas contre cela. Faux débat. C’est ce que j’appelle une dépense d’énergie pour rien.

Illustration de Rery

par Rery

Si j’estime que les choses doivent changer, c’est là que j’ai le choix de m’engager sur ce qui peut dépendre de moi : parler de ma croyance en un même droit pour tous de se protéger mutuellement par le contrat civil du mariage sur la seule base de l’amour et non de l’orientation sexuelle par exemple. Je me dois dans une chronique de l’engagement de citer mon exemple personnel. Je choisis de le dire, sans colère, dans l’affirmation d’une croyance, sans m’insurger contre d’autres, car pester, brasser des désaccords, ne constitue pas en soi un engagement contre un état de fait qui me serait désagréable ou qui me semblerait injuste. Cela ne génère que de la colère, de l’adversité, là où l’affirmation provoque une possibilité d’engagement intime et personnel, qui mène à l’action qui en plus d’être possible, est juste pour nous.

Ma belle-mère qui s’est insurgée contre l’idée de l’acceptation et à qui je dédie cette chronique de l’engagement, a raison d’exiger la distinction entre « les tracas du quotidien et les convulsions qui ébranlent les fondements de notre monde ». Je crois que c’est bien dans ces tracas du quotidien, que nous pouvons nous entrainer à distinguer ce qui ne dépend pas de nous, de ce qui peut se moduler avec notre volonté et notre action. Dans ces petites choses de notre quotidien, naissent les convictions qui nous appellent à écouter ce que nous voulons soutenir, ces points d’accords avec nous-mêmes qui portent non plus nos désaccords vers la révolte, mais vers l’affirmation de nos intimes concordances à vivre.

 

Retrouvez les 32 chroniques du sens dans le livre, disponible à la vente ici

Chronique de la Gratitude

J’ai eu la chance d’avoir un parrain formidable. C’était un vieil homme cabotin qui, quelques jours avant sa mort alors qu’il se sentait partir, m’a raconté tout ce qu’il avait vu arriver pendant les huit décennies qu’avaient compté sa vie. Il se trouvait drôlement chanceux d’avoir vécu tout ça, et se disait qu’il s’était vraiment marré, que la vie avait été un jeu formidable dont il avait profité. Il est mort le surlendemain. Bien sûr j’étais triste, mais il m’a donné ce jour de notre dernière rencontre, le goût de la saveur de la vie.
Nous passons notre temps à croiser des familiers ou de parfaits inconnus qui vont nous apporter un jour une parole ou qui vont témoigner d’un mode de vie qui va nous marquer, au point de pouvoir nous dire que sans eux, nous ne serions pas tout à fait qui nous sommes. Pour nous rendre compte tous les jours de l’enrichissement que prend notre vie au fur et à mesure de nos expériences du quotidien, prenons ce temps de la gratitude, ce merci aux êtres et aux choses qui nous ont surpris à penser autrement, et pour toujours différemment.

Un livre est sorti récemment sur ce sujet, qui visait à relever chaque jour ses 3 kiffs.

Illustration de Rery

Illustration de Rery 

Quel plaisir de se prêter au jeu et de se rendre compte que chaque jour, nous pouvons remercier les choses ou les êtres de s’être ainsi mises en place pour nous faire ressentir 3 kiffs dans la banalité de notre quotidien. Nul besoin donc de rencontres exceptionnelles ou d’expériences hallucinantes pour saisir des opportunités de gratitude. Nul besoin de mentor, de maitres à penser non plus, mais juste d’observation, de reconnaissance, et de mémoire car il s’il est aisé de se souvenir de moments originaux, il sera beaucoup plus difficile en revanche de nous souvenir que cette amie que vous voyez depuis 15 ans est à l’origine du fait que désormais vous pensez, à l’avoir vue agir ainsi, qu’il suffit d’oser pour réaliser.

Combien d’autres exemples de ces habitudes du quotidien, et parmi elles, de celle qui vous a permis d’oser croire que vous pouviez vous dépasser physiquement et qui vous a fait chausser vos premières baskets, de celui qui vous a un jour dit que la gentillesse était l’atout le plus désarmant face à l’agressivité, et d’autres qui tour à tour, vous ont fait découvrir des goûts, des sons, des protections, et vous ont fait partager des visions que sans eux, vous n’auriez jamais eues. Ces personnes sont des influences, d’autant plus difficiles à reconnaitre car une influence bien intégrée se fait oublier. Vous l’associez aux traits naturels de votre personnalité qui entre temps s’est affirmée, en revendiquant que votre caractère n’appartient qu’ à vous et à vous seuls. Cela est bien vrai, nous n’appartenons qu’à nous-même lorsque nous faisons le choix de ces héritages que nous portons désormais en nous, comme des drapeaux de la reconnaissance du lien primordial qui nous a forgé, à l’unisson de nos inspirations qui nous entourent.

Chronique du Moment présent

Les impératifs de réussite de notre vie professionnelle et de notre vie privée semblent être parfois opposés. Il faudrait être actif, voire proactif dans l’un, et sans activité dans l’autre, avec ce plaisir de dire « j’ai rien fait, je me suis reposé ».Au travail, l’image d’une suractivité est encore souvent valorisée, bien que nous nous en cachions. Pour ma part, les rares fois où je pars du bureau avant 19h, j’avoue espérer ne croiser personne dans les couloirs, de peur de passer pour une personne désoeuvrée et donc, dont la tâche n’aurait que peu d’importance. Je clame pourtant faire la distinction entre la tâche à réaliser et l’image que je renvoie, mais cela s’est ancré, un peu malgré moi. Le moment où je pars tôt, alors qu’il devrait me soulager, m’empèse ainsi plutôt de culpabilité. Je me projette alors dans ce que j’aurai à faire demain pour « rattraper » ce temps que je m’octroie, au lieu de profiter de ma relâche. Il en va de même dans le quotidien. Lorsque je suis en vacances à deux jours de leur fin, j’ai le besoin irrépressible de dire « oh non, plus que deux jours ». Même syndrome le dimanche soir : la plupart d’entre nous se prépare déjà à supporter le lundi, au lieu de vivre pleinement, neutralement, ces heures qui séparent d’une prochaine nuit.

Illustration Rery

Avoir la tête dans l’ici-et-maintenant

A force de faire le grand écart entre une vie hyperactive et une vie indolente, pourquoi ne pas les réconcilier dans une même temporalité apaisante qui leur manque parfois : celle du moment présent ?

Lorsque nous espérons amoindrir l’inconfort d’un lendemain redouté en l’anticipant, notamment le dimanche soir, ce que nous faisons à ce moment-là, est de nous préparer à vivre ce qui peut être vécu comme une épreuve pour nous. Peut-être nous trompons nous d’objectif à ce moment-là, car nous préparer au lendemain par exemple, n’empêchera pas demain d’arriver. En nous préparant au moment désagréable seul, à l’inverse du sportif qui prépare son corps dans un but bien défini, nous brassons juste ce point qui nous dérange et que nous ne pouvons changer : demain, ce sera lundi. Ressasser sa peur ou son regret nous enferme alors dans notre insatisfaction, qui nous écarte d’autant plus de notre capacité à vivre l’instant, ce seul moment où notre plaisir peut-être non pas imaginé, mais ressenti en émotions.

L’hyperactivité de nos vies professionnelles a des biais bien similaires au regard de ce contrôle que nous voulons avoir du lendemain, plutôt qu’à nous concentrer sur l’ici et maintenant. Je ne cesse de mettre en avant ma réactivité (je réagis très vite, réponds très vite à une sollicitation), ou ma proactivité (j’anticipe ce que nous pourrions pour avancer plus vite). Ce que j’oublie dans ces moments de « réaction-action », sont le temps de la prise de recul, de la réflexion, de ce temps qui va me permettre de me forger un avis, une idée, en omettant complètement de ressentir quoi que ce soit. La sollicitation à laquelle je réagis m’a-t-elle généré un stress, une excitation, un plaisir, une stimulation ? C’est allé trop vite, aussi vite qu’un « like » cliqué sur une photo facebook : c’est une réaction vide de sens, vide d’émotions et donc d’implication personnelle. Et c’est le quotidien que j’auto-entretiens !

En prenant une minute de recul sur ce sur quoi nous voulons réagir, aussi sûrement que de tourner sa langue 7 fois dans sa bouche pour ne pas risquer de dire des bêtises, nous nous reconnectons en réalité à nos émotions, à l’instant de la concordance entre le moment présent et notre réalité intime, non plus au titre d’une réaction contrôlante, mais de l’action et de la pensée juste de nos émotions apaisées car reconnues et incarnées.

Chronique du point de vue

Les salles d’embarquement dans les aéroports sont des lieux d’observation des différences incomparables ! Lors d’un voyage en Asie, l’attente qui devait être longue a été égayée derrière moi, par la présence d’une femme blonde, énormes seins, lèvres et nez refaits, décolleté exagérément plongeant, jambes longues et robe courte. A ma droite, une jeune femme à la peau brulée par le soleil, son mari lui enlevant les peaux mortes. Des femmes en voile intégral regardaient l’italien couché à même le sol, look grunge, qui lui-même regardait l’espagnole en face de lui, mini short ras la fouf, et qui, puisqu’elle levait les jambes pour se mettre à l’aise, laissait apparaitre une lèvre. Je ne parle pas ici de sa bouche. Pendant ce temps, une japonaise aux faux yeux (lentilles de contact gros diamètre) se prenait en photo avec son smartphone en prenant des poses de Hantai qui fait coucou. Il serait tentant de se dire qu’ils étaient tous fous dans cette galerie de portraits incroyable, mais en réalité, si l’ensemble était assez improbable, il était encore plus surprenant de constater que chacun manifestait de la surprise, du dégoût ou du mépris parfois, pour des personnes différentes. Ce qui choquait l’un laissait l’autre indifférent et vice et versa.

Illustration de Rery

Illustration de Rery

Autant il est facile de constater la différence, autant je ne me serais pas attendue à ce que les femmes en voile intégral désignent avec plus d’insistance l’homme à terre que l’espagnole à moitié nue. Pourquoi cela semblait les choquer davantage ? C’est justement là qu’est la part d’inconnu, car en reconnaissant que chacun vit ses expériences à partir de lui-même (difficile de faire autrement), il faut reconnaitre qu’on ne peut pas savoir ce qu’il pense, ce qu’il vit, car nous ne connaissons pas ses filtres qui lui permettent de construire sa réalité. Les femmes trouvaient elles honteux qu’une personne qui avait les moyens se vautre comme un clochard ? Le regardaient-elles parce que regarder une femme indécente n’était pas envisageable ? Ou que regarder une barbie refaite ne les surprenait plus de certains excès occidentaux ? Toutes ces questions ne sont qu’interprétations. Tout ce que je sais ce sont des éléments factuels : un menton qui se lève et qui désigne l’homme, c’est un regard en coin et des échanges entre elles en même temps. J’en ai déduis « de la surprise, du dégoût ou du mépris ». Mais en vérité, je n’en sais rien.

Facile de se dire que nous sommes tous différents et que nous avons tous droit de cité. Plus difficile de s’en souvenir lorsque nous sommes confrontés à la différence, parce que nous la rejetons à chaque fois que nous interprétons, c’est-à-dire tout le temps. Le rejet serait alors ce moment où pour avoir l’impression de comprendre une différence, nous la ramenons vers notre terrain connu en interprétant ces signes qui nous échappent. Ce moment où quand un anglais vous fait un signe de victoire en formant un V avec ses doigts et que vous lui souriez, alors que dans son langage, il vous dit « fuck », ou quand vous dites à un brésilien que tout est OK, en faisant, à la manière des plongeurs, un cercle avec votre pouce et votre index, mais que pour lui, cela veut dire … fuck aussi. Dans ces deux exemples, si la communication se plante, c’est parce que nous avons ignoré le fait que chaque signe a un référent différent pour chacun, et qu’à ne s’être pas posé la question, nous avons comblé notre ignorance par de l’interprétation issue de nos propres référents.

Il ne suffit pas de venir de lointaines contrées pour être différents, juste d’être singuliers, comme chacun. Il est certainement vain de se promettre que nous n’interpréterons plus jamais. Je me demande si cela est possible. J’ai fait le test récemment en posant la même question à 20 personnes différentes : une « conversation interminable » au téléphone pour toi c’est combien de temps ? La réponse variait de 10 minutes à 1 heure. Pour moi, 15 minutes. Si je ne me suis pas promis de ne pas interpréter les mots de l’autre, comme ici « interminable », je me suis dit que j’essaierais désormais d’interroger davantage l’autre sur les références de chacun de ses mots. « Ah, interminable c’est combien de temps pour toi ?, et « interminable c’est agréable ou désagréable » ? Parfois c’est long de poser des questions et je ne le fais pas, en me basant sur mon intuition, qui n’est rien d’autre qu’une autorisation à interpréter sans complexes ce que me dit l’autre, ou ce qu’il ne me dit pas.  Tout ce que je sais à ce moment-là est que je gagne le temps de ces questions que je ne pose pas. C’est ce temps qui manque parfois mais qui nous permet, en le prenant, d’interroger cette étrangeté d’un point de vue qui ne nous appartient pas, celle de l’étranger, cet autre que moi.

Chronique de l’Acceptation

Prendre le métro bondé tous les matins est un sacerdoce. Si je fais le compte, le nombre de mes obligations quotidiennes est conséquent. Il correspond à toutes ces choses que je ne ferais pas de cette manière si je pouvais choisir (prendre rendez-vous deux semaines à l’avance avec mon boss pour pouvoir échanger avec lui par exemple), à toutes ces choses dont je me passerais (devoir être au bureau avant 9h30)… Le temps que je passe à râler contre ces états de fait, ne me fait en rien gagner du temps, ni de l’énergie et ne change en rien la situation. Je déverse mon mécontentement sans qu’il ne puisse rien y changer.

metro

Pour éviter la frustration, la colère, la perte de temps et d’énergie, je préconise l’acceptation.

J’entends déjà les alertes au laxisme : « se contenter d’accepter, c’est être permissif, passif, c’est être lâche et laisser croire que la fatalité l’emporte sur notre libre-arbitre ». Je conseillerais alors d’essayer d’accepter quelque chose qui ne vous convient guère, et de constater à quel point accepter sera plus difficile que de gesticuler, râler, chercher à trouver le coupable. La plupart du temps, il n’y a d’ailleurs pas de coupable, mais plutôt des lois en face de nous. Des lois telles que le froid en hiver, le chaud en été, et toutes ces lois des systèmes que nous avons acceptées : vivre à Paris et se déplacer en métro, travailler en entreprise et avoir des contraintes horaires et une hiérarchie, vouloir faire 10 activités et avoir la sensation de manquer de temps ! Si je ne peux changer mon environnement, je peux en revanche, choisir de l’accepter ou de me souvenir que je l’ai accepté puisque depuis, j’ai maintenu les circonstances de la vie que je mène.

Acceptation   Quand la pluie va tomber et qu’elle sera neutre pour vous, ou quand vos collègues se plaindront de la pression qu’il y a dans votre boite, en acceptant la situation, parce qu’après tout, c’est comme ça, ou que vous l’avez choisie, il est possible que l’on vous reproche votre manque d’implication. Comment ça, vous ne brassez ni les mots ni les gestes pour manifester que vous n’êtes pas d’accord ? C’est donc que vous acceptez ? Vous pourrez répondre que oui, en gardant votre souffle pour vous battre sur tous ces sujets sur lesquels votre action pourra apporter un changement. Il y a « ce qui est comme ça », le cadre le plus contraignant qui soit, et dans lequel, avec acceptation et un peu d’imagination, les bords de la contrainte pourront se colorer de vos énergies préservées.