Chronique du silence

Il arrive que l’émotion soit parfois si forte que les mots que nous utilisons pour décrire le désarroi ne disent que notre incapacité à les trouver. « Je ne trouve pas les mots », « il n’y a pas de mots ». J’ai souvent tendance à me dire dans ces moments-là que les mots existent mais que nous avons un déficit de vocabulaire, comme si la capacité de formulation, fonction très cérébrale, pouvait et devait naturellement s’accommoder de l’émotion pour la décrire et la compléter. Au moment où Paris s’est réveillé avec la gueule de bois deux fois, d’avoir trop dessiné, trop fait la fête et trop bu, je n’ai moi-même pas pu. Plus pu écrire, décrire la douleur et faire semblant de trouver du sens. Trop touchée pour trouver des mots apaisants qui auraient été les mêmes que ceux qui auraient pu m’apaiser moi-même. Je me suis souvenue ensuite de cette phrase du poète Salvatore Rosa « aut tace aut loquere meliora silentio » (« Tais-toi, à moins que ce tu as à dire vaille mieux que le silence »).

Est-ce que ce que j’ai à dire vaut mieux que le silence ? En vérité non. Mais si nous avons le droit de nous parler avec les mots de notre manque de mots, peut-être avons-nous le droit également, de parler du silence avec les mots. Le décrire. Comme ce trait d’union entre le cérébral et l’émotion. Comme le lien entre un avant et un après. Comme un temps en soi de recueillement et de recul. Comme une confirmation de cohérence intime et physique, que nos agitations ne nous permettent plus de trouver.

Je n’ai pas de grands principes à donner sur ce qu’il faudrait penser ou faire pour gérer nos peurs et nos douleurs, ni sur le meilleur moyen d’adresser ce problème international du terrorisme extrémiste. Je n’ai que le silence.

Il retient ses pleurs, sa colère et ses espoirs. Il affirme sa cohérence parce que seul le silence peut dire ce qu’il est par ce qu’il fait. Le silence est calme, connecté à l’intime et à l’attention au monde, à ce qui se dit et ce qui s’écoute. Il ne sur-réagit pas et ne s’agite pas. Il intègre un état de transition où chacun peut puiser sa force dans sa concordance. Parce qu’au fond, c’est peut-être de cette intégrité que nous aurons tous besoin.

Paysage de silence

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En attendant de retrouver du sens, aimer la paix…

En période troublée, quel sera le prochain mot qui pourra sonner juste et donner du sens au travers d’une chronique?

En attendant de le trouver, se rappeler que la paix est avant tout une question d’unité et de fraternité.

Ce texte rédigé par un groupe de prix Nobel de la paix, mis en œuvre par l’Unesco et déjà signé par plus de 75 000 000 de personnes à travers le monde, amorce le pas de cette reconnexion au sens.

« Je prends l’engagement dans ma vie quotidienne, ma famille, mon travail, ma communauté, mon pays et ma région de :

    •  respecter la vie et la dignité de chaque être humain sans discrimination ni préjugé ;
    •  pratiquer la non-violence active, en rejetant la violence sous toutes ses formes: physique, sexuelle, psychologique, économique et sociale, en particulier envers les plus démunis et les plus vulnérables tels les enfants et les adolescents ;
    •  partager mon temps et mes ressources matérielles en cultivant la générosité, afin de mettre fin à l’exclusion, à l’injustice et à l’oppression politique et économique ;
    •  défendre la liberté d’expression et la diversité culturelle en privilégiant toujours l’écoute et le dialogue sans céder au fanatisme, à la médisance et au rejet d’autrui ;
    •  promouvoir une consommation responsable et un mode de développement qui tiennent compte de l’importance de toutes les formes de vie et préservent l’équilibre des ressources naturelles de la planète ;
    •  contribuer au développement de ma communauté, avec la pleine participation des femmes et dans le respect des principes démocratiques, afin de créer, ensemble, de nouvelles formes de solidarité. »
Protectrices de la Paix, par Kouka

Protectrices de la Paix, par Kouka