Parce que les mots manquent

Quand le sens manque, les sens nous rappellent à la vie. Une manière de penser avec son corps, sa voix, la beauté, les autres.

C’est la naissance de mon premier album co-réalisé avec mon amie Amandine, « le matin d’après », qui rappelle qu’il y a toujours un nouveau jour à célébrer.

Le premier titre en écoute sur Youtube ici :

https://www.youtube.com/watch?v=42xHDww_RYE

© photographie & conception graphique - Caroline Cutaia

© photographie & conception graphique – Caroline Cutaia

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Chronique de l’Engagement

Depuis quelque temps à Paris, mes joggings du dimanche matin sur le champ de Mars sont perturbés par des points de départ de manifestations régulières. Ils sont nombreux à porter des drapeaux et à manifester pour le maintien d’un certain état de fait. Je rejette le thème de leurs manifestations, et ressens une colère instinctive sur ce point de désaccord. Cette colère ne me fait pas du bien, sinon elle n’aurait pas eu besoin de s’expurger dans des mots agressifs que je pense sans les dire. Devraient-ils se déverser pour que mon désaccord et donc que mon engagement s’exprime ? L’alternative que j’ai trouvée pour garder la tête froide, et les idées claires, tout en affirmant mes croyances, est de prendre note du désaccord d’abord, et de poursuivre ma route.

Je ne parle pas ici de passer mon chemin, en ignorant ce qui me dérange, mais bien de confirmer la poursuite de ma propre conviction, par un engagement personnel dans ma propre vie, de ce que je veux changer. Dans le désaccord, je dois accepter la situation telle qu’elle est qui n’est pas de mon ressort : des personnes manifestent. Il y a des débats de société. Il y a des personnes pour et des gens contre. Que des choses très humaines du fait du vivre ensemble en société. A cela, je ne peux rien changer. Je ne me bats pas contre cela. Faux débat. C’est ce que j’appelle une dépense d’énergie pour rien.

Illustration de Rery

par Rery

Si j’estime que les choses doivent changer, c’est là que j’ai le choix de m’engager sur ce qui peut dépendre de moi : parler de ma croyance en un même droit pour tous de se protéger mutuellement par le contrat civil du mariage sur la seule base de l’amour et non de l’orientation sexuelle par exemple. Je me dois dans une chronique de l’engagement de citer mon exemple personnel. Je choisis de le dire, sans colère, dans l’affirmation d’une croyance, sans m’insurger contre d’autres, car pester, brasser des désaccords, ne constitue pas en soi un engagement contre un état de fait qui me serait désagréable ou qui me semblerait injuste. Cela ne génère que de la colère, de l’adversité, là où l’affirmation provoque une possibilité d’engagement intime et personnel, qui mène à l’action qui en plus d’être possible, est juste pour nous.

Ma belle-mère qui s’est insurgée contre l’idée de l’acceptation et à qui je dédie cette chronique de l’engagement, a raison d’exiger la distinction entre « les tracas du quotidien et les convulsions qui ébranlent les fondements de notre monde ». Je crois que c’est bien dans ces tracas du quotidien, que nous pouvons nous entrainer à distinguer ce qui ne dépend pas de nous, de ce qui peut se moduler avec notre volonté et notre action. Dans ces petites choses de notre quotidien, naissent les convictions qui nous appellent à écouter ce que nous voulons soutenir, ces points d’accords avec nous-mêmes qui portent non plus nos désaccords vers la révolte, mais vers l’affirmation de nos intimes concordances à vivre.

 

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Chronique de l’Erreur

Quand mon meilleur ami m’a raconté qu’il avait joué avec le feu de la séduction, au risque de son couple, et qu’il a, ce jour là, compris à quel point il tenait à sa femme alors qu’il a manqué de la perdre, je n’ai pu que lui dire « Tu as fait une connerie, mais au moins tu ne la feras plus ».

J’ai reconnu avec lui son erreur, ai loué cette étape, avec lui, puisqu’elle lui a finalement permis de confronter ses chimères à la réalité qu’il choisissait : sa femme envers et contre tout en l’occurrence. Pourtant, lorsque nous sommes nous-mêmes confrontés au doute, nous avons du mal à prendre ce recul que nous avons pour l’autre, et cherchons davantage à éviter l’erreur, signe de prise de risque inutile, alors que nous ne pouvons pas toujours contrôler ces mouvements propres à la vie. Accepter l’erreur, nous permettrait ainsi d’accueillir l’expérience de nos vies comme des étapes de confirmation de nos choix.

photoErreur

Accepter l’erreur ne suppose pas qu’il faille la rechercher ou s’en satisfaire, ce ne serait que laxisme. Au contraire, pouvoir la voir et l’accepter demande un niveau d’exigence personnelle qui dépasse souvent celle d’une volonté de maîtrise. Par exemple, lorsqu’il m’arrive d’être jalouse (très rarement bien sûr), je dois me battre contre ma propre peur de l’erreur.  0_dentsJ’aimerais maîtriser les rencontres de ma moitié, ses faits et gestes. Je serais en réalité plus forte d’accepter sa liberté, la possibilité des errements de son libre arbitre, et ma capacité à les prendre en compte. Je reprendrais alors confiance en ma propre ressource d’adaptation, en reconnaissant que mon anticipation de l’erreur de l’autre n’est que le signe de ma peur de ces choses qui m’échappent. Rien ne dit d’ailleurs que ce qui m’échappe ne soit réellement une erreur. Au final, n’est une erreur que ce que je n’ai pas prédéfini comme acceptable dans mon univers. C’est ce que devrait aussi comprendre mon boss lorsqu’il me demande de lui présenter un projet parfait, comme si le moindre impondérable ne pouvait être dépassé, transformé. Il me met alors dans une situation d’exécutante qui devrait le rassurer sur son besoin de maîtrise, qui n’est pas le mien. Il m’enlève à ce moment là, la possibilité de mon propre investissement, qui apprendrait de l’imperfection, de l’erreur, pour sa propre autocorrection et sa créativité. Il ne s’agit pas, comme dans ces exemples, de vouloir sécuriser un périmètre pour éviter à la vie d’être en mouvement, et limiter le libre-arbitre de ceux qui nous entourent, que ce soit dans nos vies affectives ou professionnelles, mais de se préparer à accepter ce que l’on ne maîtrise pas, le reconnaître  et s’y adapter.

Malheureusement ou heureusement, l’erreur ne peut être vécue que dans la vie : il faut avoir mangé un pot de nutella pour en voir les effets sur notre corps. Envisager les effets du nutella ne nous aura pas fait vivre l’expérience du regret de son excès. Il en va de même dans la vie. Appréhender tous les possibles à éviter ne nous permet pas de comprendre par le corps, par la tête, par nos émotions, ces mauvais choix que nous faisons parfois et que nous ne voulons plus expérimenter pour en avoir déjà éprouvé les effets. Dans la perfection, pas d’évolutions ou de promesses possibles car il n’y a pas eu d’étape de reconnaissance d’un état de départ et d’une volonté d’un point d’arrivée. L’erreur nous permet alors, non pas de réagir en fonction d’un impératif moral froid et anticipé, mais de faire de véritable choix, faits de cœur, de corps et d’esprit.

Chronique du souvenir

Focus

« Si l’instant est douloureux, convoque tes souvenirs heureux ». Cette phrase de Camus ne nous engage pas seulement à équilibrer le négatif par du positif, comme s’il suffisait d’ajouter du sucre pour annuler une amertume. Il met en parallèle le présent avec un passé qui nous permet de vivre une expérience. L’invocation du passé, loin d’être nostalgique, devient alors une véritable ressource, par le souvenir, de notre bien-être au présent.

Lorsque vous partez en vacances dans un lieu que des amis connaissent déjà, vous trouverez difficilement celui qui taira le fait d’avoir déjà des premiers repères dans ce lieu que vous découvrez. Au-delà de la seule envie de montrer aux autres « qu’ils savent », ce qu’ils ont effectivement en plus, c’est un premier souvenir qu’ils vont pouvoir confronter au présent. Vous n’en êtes qu’à établir une topographie du lieu, eux l’enrichissent. Vous vous faites un souvenir ; eux, grâce à leurs premières références, vivent l’expérience autrement, en un véritable dialogue intérieur qui mêle le passé au présent. Tout se passe comme si on ne pouvait être dans « l’être » plutôt que dans « le faire » qu’une fois son socle de référence établi, par le souvenir (d’une expérience, de sentiments, de lectures, d’images…). Vous prêterez attention la prochaine fois que vous entendrez le récit de voyage de votre collègue qui vous dira « avoir fait le Brésil ». Peut-être veut-il dire qu’il s’est fait des souvenirs à défaut d’avoir pu voir et comprendre intégralement le pays en 2 semaines. S’il y retourne, peut-être aura-t-il l’occasion de vivre le Brésil !

C’est pour cette raison que la madeleine de Proust est un plaisir si vif. Le narrateur ne découvre pas l’expérience. Elle enrichit un souvenir, faisant vivre conjointement le passé dans le présent. La nostalgie n’est plus possible, le passé existe au milieu de l’instant, se ressent, et se déguste. Ce n’est plus seulement alors un état du passé que vous invoquez dans le souvenir, mais une ressource qui vous permettra d’aller plus loin dans votre ressenti du présent, un état d’être dans votre monde d’expériences.